COP21 : quand les étudiants organisent leurs propres négociations climatiques [en]

Depuis le début de l’année 2015, de nombreux étudiants ont participé à leur façon à la COP21 en organisant des simulations de négociations climatiques. Des expériences unanimement jugées enrichissantes et qui ont permis aux participants de réaliser la complexité de telles négociations.

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Au Bourget, la 21e Conférence des Parties (COP21) a débuté dimanche dernier et se poursuivra jusqu’au 11 décembre. Mais dans le monde étudiant, les négociations ont commencé depuis bien plus longtemps. La simulation « Paris Climat 2015 : Make It Work », qui a eu lieu en mai dernier, a ainsi réuni plus de 200 élèves, la plupart de Sciences Po mais d’autres venant du monde entier, au théâtre de Nanterre-Amandiers.

Durant trois jours, les élèves représentant Etats et délégations non-étatiques (forêts, grands acteurs économiques, jeunesse...) ont échangé, débattu, écouté. « Le deuxième jour, nous nous sommes rendus compte que nous n’arrivions à rien... Il y a eu un gros moment de pression, et nous sommes restés debout toute la nuit. Finalement, nous sommes parvenus à un accord, mais que ce fut difficile ! », se souvient Isoline Degert, étudiante à Sciences Po et chargée de la communication autour de l’événement.

« J’ai trouvé cette expérience très intéressante, mais j’ai compris à quel point de telles négociations étaient compliquées, et cela me fait craindre que la vraie COP n’aboutisse pas... J’espère en tout cas que les Etats réussiront à s’accorder sur une bonne base qui sera améliorée dans les années à venir. »

« L’essentiel est de susciter une réflexion chez les participants »

A l’Institut Supérieur d’Ingénierie et de Gestion de l’Environnement (ISIGE), centre de formation en environnement et développement durable des Mines ParisTech, une journée de simulation organisée par l’école, l’association des Anciens et le cabinet de conseil Albedo Climat a eu lieu le 7 novembre. La soixantaine de participants, principalement des étudiants de l’ISIGE et des Mines, était divisée en six groupes géographiques qui négociaient entre eux dans l’objectif de réduire le réchauffement climatique.

« Il a fallu gérer les intérêts divergents des groupes, toute la logistique... Ce n’était vraiment pas simple. Mais au fur et à mesure, on s’est impliqué, on avait envie de faire bouger les choses, on s’est donné à fond », raconte Alice Etienne, membre du groupe des « autres pays en développement » et étudiante en mastère spécialisé à l’ISIGE. Après trois phases de négociation, les participants ont finalement réussi à obtenir, grâce à un logiciel de simulation développé par le MIT, un résultat de 2,1° de réchauffement climatique.

« Ce résultat, par ailleurs plutôt satisfaisant, est un peu anecdotique, c’est le process qui est véritablement intéressant », déclare Valérie Lenglart, responsable pédagogique d’un de mastères spécialisés de l’ISIGE. « L’intérêt de la simulation était d’aborder les aspects géopolitiques de cette négociation au-delà des enjeux environnementaux. Le but était que les élèves soient mis en situation réelle et voient à quel point il est difficile de faire des compromis. En une journée d’exercice, il est évidemment impossible de se rendre compte de toute la complexité de la COP21, mais l’essentiel est de susciter une réflexion chez les participants. »

« Sensibiliser dix personnes, c’est toujours mieux que zéro ! »

A l’Inseec Business School de Paris, c’est l’association Grinseec, une association étudiante de l’école impliquée dans le développement durable, qui a organisé une simulation de la COP21 à l’aide de l’outil « COP in MyCity » imaginé par le think-thank CliMates. Si seuls 13 étudiants ont participé, Johanna Chopin, présidente de Grinseec, se déclare tout de même satisfaite : « sensibiliser dix personnes, c’est toujours mieux que zéro ! »

« Placés dans une position de chefs d’Etats ayant chacun des intérêts spécifiques en jeu, les participants se sont rendus compte que l’objectif 2° était très difficile à atteindre. Nous voulions d’ailleurs leur démontrer qu’il était déjà probablement trop tard... » reprend Johanna. « Certes, c’est un message risqué, mais nous voulions leur faire comprendre l’ampleur du problème, et leur montrer qu’ils pouvaient agir à leur échelle. »

Johanna espère que cette COP marquera « un tournant, un déclic ». En attendant, son association s’est déjà lancée dans un nouveau projet : vendre des paniers garnis composés de produits venus d’une production familiale de Normandie. Le but ? Sensibiliser les étudiants au principe du circuit court, et les faire réaliser qu’ils ont beaucoup à gagner à acheter directement auprès des producteurs. Une autre manière de montrer aux jeunes que leurs actions ont véritablement le pouvoir de faire changer les choses.

Publié le 03/12/2015 sur Le Figaro.fr par Aude Bariéty

publié le 10/12/2015

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