Focus Energie & Environnement - L’énergie à Hong Kong - Chapitre 1 : Origine de l’électricité. (09/03/2014)

Article rédigé le 09/03/2014

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Sommaire


Introduction

Avec plus de 7 millions d’habitants sur une surface de 1 104 km2, soit une densité moyenne de 6 539 habitants par km2 en 2013 [1], la région administrative spéciale (RAS) de Hong Kong se situe à la 4ème place mondiale derrière Macao, Monaco et Singapour en terme de densité humaine. A titre de comparaison, en 2013, la densité de la France était de 117 hab/km2 [2] et celle de Paris de 2 546 hab/km2 [3]. De plus Hong Kong est une région développée avec un niveau de vie élevé, ses besoins électriques par habitant sont au même niveau que ceux des pays européens (Figure 1).

Le niveau de vie couplé à la forte densité implique une importante consommation électrique, ainsi en 2010, près de 42 TWh ont été consommés dans la région administrative spéciale de Hong Kong.

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Figure 1 : Consommation d’électricité par habitant [4]

Afin de répondre à ces besoins toujours croissants et au vu des prospections à l’horizon 2030 (Figure 2), Hong Kong doit disposer d’importantes capacités de production alors que ce petit territoire est caractérisé par de faibles ressources en matières premières énergétiques.

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Figure 2 : Consommation électrique à Hong Kong

L’électricité hongkongaise est en grande partie (77%) produite par les quatres centrales thermiques du territoire, le reste provient des centrales nucléaires voisines basées en Chine du Sud. La production locale engendre plusieurs problématiques comme l’approvisionnement en matières premières ou la pollution de l’air dûe à la combustion. Une réflexion du gouvernement hongkongais est en cours et devrait faire évoluer le mix énergétique actuel.

1. Les acteurs de la production électrique

Les deux acteurs de la production, distribution et vente de l’électricité à Hong Kong sont Hong Kong Electric Company (HEC) et China Light & Power (CLP). Le marché est découpé verticalement, c’est-à-dire que chacune des sociétés dispose de ses propres moyens de production, de transport, de distribution et est fournisseur de son électricité.

La société HEC a été établie en 1889, elle dessert l’île de Hong Kong, l’île de Lamma et quelques îles avoisinantes, représentant 570.000 clients. Première compagnie à avoir fourni de l’électricité à Hong Kong, HEC ne dispose pas de centrale en dehors de Hong Kong. La société CLP a été établie en 1901, elle dessert le reste du territoire de Hong Kong, représentant environ 2,4 millions de clients. Devenue la principale compagnie d’électricité du territoire, CLP a beaucoup investi en Asie où elle dispose aujourd’hui de nombreuses centrales, et notamment d’une partie de la centrale nucléaire de Daya Bay en Chine continentale.

Le marché est régulé par l’état qui veille aux investissements réalisés par les deux sociétés et au prix de l’électricité via le Scheme of Control Agreement.

2. Des moyens de production locaux alimentés par les importations

La première centrale électrique hongkongaise a vu le jour en 1890 à Wan Chai, ses 50 kW permettaient d’alimenter l’éclairage public de quelques rues [5]. 124 ans plus tard, Hong Kong dispose de 4 centrales en service, d’une capacité de production de 10 644 MW (Tableau 1).

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Tableau 1 : Centrales électriques opérationnelles à Hong Kong en 2014 [6]

La RAS de Hong Kong ne disposant pas de ressources pétrolières ni de raffineries, les centrales sont depuis toujours alimentées par des matières premières importées. Les besoins sont importants ; en 2012, dans le cadre de sa production électrique, Hong Kong a importé plus de [7] :
- 12 millions de tonnes de charbon en provenance d’Indonésie (94.5%) et d’Australie (4.9%) ;
- 2 millions de tonnes de gaz naturel en provenance de Chine continentale (100%) dans le cadre d’un accord conclu en 2008 entre le Ministère de l’énergie Chinois et le gouvernement hongkongais [6] ;
- 700.000 tonnes de produits pétroliers en provenance de Singapour (47%), de Corée du Sud (18%), de Malaisie (10%), du Japon (10%), et aussi de Chine continentale, de Taiwan, de Russie...

Les moyens de production ont évolué au cours du temps (Tableau 2), les vieilles centrales au charbon ont été peu à peu remplacées par des centrales au gaz, moins polluantes et plus performantes, permettant de diminuer la pollution de l’air et de satisfaire les pics de la consommation électrique (Figure 3). Les investissements récents de HEC et de CLP se sont essentiellement orientés sur la consolidation du réseau et des centrales existantes. CLP a également beaucoup investi dans les centrales nucléaires en construction dans le Guangdong.

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Figure 3 : Capacité de production d’électricité vis-à-vis de la demande à Hong Kong (Centrale de Daya Bay incluse)

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Tableau 2 : Evolution du mix électrique à Hong Kong entre 1990 et 2010 [7]

La production intérieure a permis d’alimenter le territoire, et même d’exporter de l’électricité vers la Chine jusqu’en 1993, année de mise en service de la centrale nucléaire de Daya Bay. A partir de 1994, Hong Kong a revu sa politique énergétique en diminuant fortement sa production intérieure au profit de l’importation de l’énergie nucléaire en provenance de Chine continentale, moins onéreuse (Figure 4).

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Figure 4 : Consommation et production de l’électricité à Hong Kong [7]

Les importations de matières premières ne sont pas directement menacées en terme de quantité, les ressources de la région apparaissent suffisantes pour approvisionner Hong Kong pour encore plusieurs années. En revanche, l’évolution rapide des prix des ressources pétrolières laisse présager de fortes augmentations du prix de production de l’électricité hongkongaise, augmentation qui sera directement reportée sur la facture du consommateur.

3. Importation d’électricité

Les premiers échanges électriques entre Hong Kong et la Chine remontent à 1979 [8] lorsque CLP a commencé à exporter de l’électricité vers la province du Guangdong. Hong Kong restera majoritairement exportateur jusqu’en 1993.

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Figure 5 : Importations et Exportations de l’électricité à Hong Kong

En établissant une association avec la Guangdong Nuclear Investment Company (GNIC) en 1983 pour la construction de deux réacteurs nucléaires à Daya Bay (25% CLP / 75% GNIC) [9], CLP a posé les premières pierres de l’alimentation électrique nucléaire de Hong Kong. Depuis 1993, 70% de l’électricité générée par ces réacteurs (948 MW chacun) est contractuellement destinée à Hong Kong, contrat qui vient d’être renouvelé pour la période du 7 mai 2014 au 6 mai 2034 [6]. Ces importations ont permis de fournir 23% de l’électricité consommée à Hong Kong en 2013.

CLP possède également une partie de la station de transfert de l’énergie par pompage de Conghua dans la province du Guangdong. Cette station permet de stocker l’énergie non consommée dans le réseau en pompant de l’eau dans un réservoir. CLP dispose d’un droit d’achat de 50% de la production, soit 600 MW des 1 200 MW disponibles. Cette ressource n’est généralement pas ou très peu utilisée par CLP pour le marché hongkongais et ne transparait pas aujourd’hui dans le mix énergétique.

Les importations en électricité provenant de Chine continentale ne devraient pas être problématiques, ni au niveau des quantités, ni au niveau du prix. L’augmentation de la consommation électrique de la province du Guangdong devrait être compensée par la mise en service de nombreuses nouvelles centrales nucléaires dans les années à venir (Cf. chapitre E.1.).

4. Des ressources non valorisées : les énergies renouvelables

Aujourd’hui, les énergies renouvelables représentent moins de 1% du mix énergétique hongkongais. Un rapport du ministère de l’électricité et des services mécaniques publié fin 2002 [10] dresse un bilan du potentiel énergétique dans les différents secteurs des énergies renouvelables (Tableau 3).

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Tableau 3 : Potentiel en énergies renouvelables à Hong Kong [10]

Le territoire de Hong Kong dispose d’un potentiel intéressant en termes d’énergies renouvelables, notamment en éolien offshore et en photovoltaïque, qui n’a toujours pas été exploité. La mise en place de ces ressources représente généralement un coût plus élevé que les moyens de production électrique classique tels que le nucléaire ou le gaz, ce qui dissuade les investisseurs.

5. Le mix énergétique de l’électricité, aujourd’hui et demain

Hong Kong est une région régulièrement confrontée à de violents pics de pollution, sujet de préoccupation majeur pour la population locale. Les concentrations moyennes annuelles en polluants majeurs mesurées depuis 1999, sont 2 à 3 fois plus élevées que les valeurs seuils conseillées par l’OMS [11]. Par ailleurs, dans le cadre du protocole de Kyoto, le gouvernement hongkongais s’est engagé en 2007 à diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 20% à l’horizon 2020 par rapport aux 42.000 tonnes de CO2-e émises en 2005 [12]. Hormis le transport international (maritime et aérien), la part de la production d’électricité dans les émissions de CO2-e était de 66% en 2010 [12], en faisant l’un des postes d’actions privilégiés pour atteindre les objectifs.

En réponse à ces inquiétudes, le gouvernement hongkongais a lancé depuis plusieurs années des discussions sur le mix énergétique de la région, ayant abouti à une proposition basée sur un fort développement du Nucléaire et du Gaz au détriment du Charbon (Tableau 4).

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Tableau 4 : Proposition d’évolution du mix électrique à Hong Kong pour 202

La proposition devait être soumise à une consultation publique en 2011, mais cette dernière a été repoussée suite à l’accident de Fukushima qui a suscité l’inquiétude de la société civile sur le nucléaire. La consultation n’a toujours pas été publiée à ce jour, elle devrait aboutir courant 2014.

Bien que n’ayant fait l’objet d’aucune annonce officielle, cette transition est déjà en train de se mettre en place via les acteurs de la production énergétique, CLP et HEC.

5.1. Développement du nucléaire

La Chine continentale est en plein développement de son secteur nucléaire. Elle dispose aujourd’hui de 17 réacteurs nucléaires en opération, de 28 réacteurs en construction et de 30 réacteurs supplémentaires planifiés, ce qui multipliera la capacité nucléaire de la Chine par un facteur supérieur à 5 d’ici 2020. Même si la RAS de Hong Kong n’est pas directement impliquée dans cette évolution, et quelle que soit la future décision concernant l’évolution de son mix énergétique, le nombre de réacteurs en fonction dans la province du Guangdong, à moins de 100 km de Hong Kong, devrait passer de 6 à 22, d’ici 2020, faisant de ce corridor de 60 millions d’habitants, la région du monde abritant la plus haute densité de réacteurs nucléaires.

Possédant déjà 25% de la centrale nucléaire de Daya Bay, CLP continue son investissement dans le domaine pour pouvoir assurer la transition énergétique de Hong Kong. En 2011, le groupe a par exemple acheté 17% d’une centrale nucléaire de Yangjiang d’une capacité de 6.000 MW [13].

5.2. Forte diminution du charbon et développement du gaz

Moins polluante que le charbon, la production électrique par des centrales au gaz devrait passer de 23 à 40% du mix énergétique hongkongais. Les deux compagnies hongkongaises, CLP et HKE n’utilisent pas la capacité totale de leurs centrales au gaz, le gouvernement hongkongais a ainsi demandé à ces sociétés de maximiser l’utilisation de ces centrales au détriment du charbon. Selon les estimations, cette mesure permettra d’augmenter la production électrique à base de gaz de 41%. CLP, possédant 80% de la capacité de production en gaz, devra faire le plus gros effort ; des investissements sont prévus pour améliorer le rendement des centrales [14,15].

Les besoins en gaz devraient ainsi doubler entre 2013 et 2015 alors que la ressource principale actuelle de Hong Kong, Yacheng Y13-1 basée dans le sud de la mer de Chine et dont le contrat d’importation avait été signé il y a 20 ans, est en train de se vider [7]. De nouvelles ressources sont en train d’être négociées mais le prix sera plus élevé, CLP a déjà annoncé une augmentation moyenne de ses tarifs de 3.9% entre 2013 et 2014 [14].

5.3. Les énergies renouvelables

Les énergies renouvelables sont quasi inexistantes aujourd’hui à Hong Kong, seuls quelques petits projets et une grande éolienne sur l’île de Lamma (800 kW) ont vu le jour ces dernières années, ne permettant pas de faire évoluer le mix énergétique hongkongais. Cette situation pourrait changer dans les années à venir, notamment grâce à deux projets de construction de fermes éoliennes offshores portés par CLP et HEC [16,17] :
- Sai Kung, 200MW (1 752 GWh/an), par CLP (7 Milliard HK$)
- Entre Lamma Island et Cheung Chau, 100 MW (876 GWh/an), par HEC (3 Milliard HK$)

Ces deux projets en sont au stade de l’étude depuis 2006, pour une mise en opération initialement prévue en 2012 pour HEC et 2016 pour CLP. Les publications de ces études ont été une nouvelle fois repoussées et la mise en place de ces fermes n’apparaissent pas dans les plans de d’investissement 2014-2018 des deux sociétés [14,15], laissant présager qu’elles ne devraient pas voir le jour avant encore plusieurs années [18].

De manière générale la question des énergies renouvelable est compliquée à Hong Kong car les sociétés produisant l’électricité ne souhaitent pas payer la mise en place des moyens de production et ont annoncé que ce serait au consommateur de payer via une augmentation tarifaire.

Conclusion

La production d’électricité hongkongaise est aujourd’hui complètement tributaire de ses importations et l’absence de ressources du territoire ne laisse pas de possibilité pour inverser la tendance. La qualité de l’air est au centre du débat afin de répondre aux attentes du protocole de Kyoto et de la population. L’évolution du mix est déjà en cours et devraient permettre d’aller dans ce sens. Le développement du gaz (importé de Chine) et du nucléaire (également importé de Chine) aura pour conséquence de renforcer la dépendence de Hong Kong à la Chine dans ce domaine. La forte inquiétude de la population vis à vis de la qualité de l’air, bien que justifiée, a tendance à occulter d’autres enjeux très importants sur l’éléctricité hongkongaise comme la sureté du nucléaire chinois [19].

De la problématique de la production découle celle de la consommation de l’électricité . Quelles sont les spécificités de la consommation hongkongaise ? Quels sont les actions menées pour la réguler ? Ce sera l’objet du second chapitre de cette série sur l’énergie à Hong Kong.

Sources :

- [1] Centre de statistiques du gouvernement de Hong Kong -http://www.censtatd.gov.hk/hkstat/sub/so20.jsp
- [2] INSEE - Population, superficie et densité des principaux pays du Monde en 2013 -http://redirectix.bulletins-electroniques.com/c9p03
- [3] Ville de Paris - Evolution de la population parisienne - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/hEaQU
- [4] La banque mondiale - Consommation d’électricité (KWh par habitant) -http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/EG.USE.ELEC.KH.PC
- [5] HKE - Histoire de Hong Kong Electric -http://www.hkelectric.com/web/AboutUs/Generation/Index_en.htm
- [6] APEC Energy Demand and Supply Outlook - 5th edition -http://publications.apec.org/publication-detail.php?pub_id=1389
- [7] Hong Kong Energy Statistics 2000 à 2012 Annual Report -http://www.censtatd.gov.hk/hkstat/sub/sp90.jsp?productCode=B1100002
- [8] CLP - Histoire du groupe - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/n1PdE
- [9] CLP - Structure des entreprises partenaires à Daya Bay - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/yiP96
- [10] Agreement No. : CE36/2000, Study on the Potential Applications of Renewable Energy in Hong Kong, Stage 1 Study Report -http://www.emsd.gov.hk/emsd/e_download/wnew/stage1_report.pdf
- [11] BE - De l’API à l’AQHI, le nouvel indicateur de la qualité de l’air à Hong Kong 28/01/2014 -http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/74944.htm
- [12] Greenhouse Gaz Emissions in Hong Kong by Sector -http://www.epd.gov.hk/epd/english/climate_change/resources.html
- [13] CLP - Investissement dans la Centrale nucléaire de Yangjiang - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/8Id0i
- [14] CLP - Plan de développement 2014-2018 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/N7Ibp
- [15] HKE - Plan de développement 2014-2018 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/BuzH8
- [16] HKE - Hongkong Electric to conduct feasibility study on offshore wind farm-http://redirectix.bulletins-electroniques.com/ZXKMP
- [17] CLP - Hong Kong Offshore Wind Farm-https://www.clp.com.hk/offshorewindfarm/home.html
- [18] SCMP - CLP Power pushes back construction of Sai Kung wind farm for study-http://redirectix.bulletins-electroniques.com/NAikk
- [19] BE - La sûreté nucléaire à Hong Kong, une thématique d’avenir ! - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/74700.htm

Rédacteurs :

Maël LE BAIL, Chargée de mission scientifique - Hong Kong

publié le 07/08/2015

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