Focus Energie & Environnement - La pollution de l’air toujours très préoccupante à Hong Kong. (20/12/2013)

Article rédigé le 20/12/2013

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Sommaire


1. Méthodologie de contrôle de la pollution atmosphérique à Hong Kong

Hong Kong dispose de 14 stations de contrôle de la pollution atmosphérique réparties sur tout le territoire, à différentes distances des axes de circulation et différentes hauteurs, permettant d’avoir une vue globale de la pollution dans les différentes zones du territoire. Les concentrations mesurées pour 7 polluants majeurs sont accessibles, en temps réel sur les 24 dernières heures, sur le site internet du ministère de l’environnement [1].

A partir de ces mesures, le gouvernement hongkongais évalue un index de pollution (Air Pollution Index, API) [2]. Les valeurs de l’API au niveau des 14 stations de contrôle est accessible heure par heure, ainsi que les moyennes par mois et par années depuis 1999. Bien que transparente, cette méthode de calcul de l’API est critiquable car elle ne prend pas en compte les mesures de concentration des particules fines PM2,5 alors que ces dernières sont reconnues comme particulièrement nocives et sont souvent très concentrées au moment des pics de pollution. Ce système tend donc à minimiser les niveaux extrêmes de pollution. Chaque jour, les médias hongkongais publient l’index API et sa prévision d’évolution, en même temps que les prévisions météorologiques. En cas de mauvaise qualité de l’air, les consignes de sécurité associées au niveau de l’API sont également rappelées. Le sentiment de la population hongkongaise, se sentant plutôt bien informée vis à vis du risque sanitaire lié à la pollution atmosphérique, se rapproche donc davantage d’un sentiment d’impuissance ou de fatalité que d’un sentiment de doute envers les autorités.

2. La pollution atmosphérique à Hong Kong est préoccupante

Hong Kong est notamment confrontée à de violents pics de pollution. Les concentrations moyennes annuelles mesurées depuis 1999 (2005 seulement pour les PM2,5), montrent que le niveau de pollution atmosphérique à Hong Kong est particulièrement élevé, avec un facteur 2 à 3 par rapport aux valeurs seuils conseillées par l’OMS, en fonction des polluants et des sites de mesures. Ces mesures moyennes montrent que l’exposition de la population aux problèmes liés à la pollution est continue à Hong Kong.

Outre ces valeurs moyennes relativement inquiétantes et un nombre d’heures d’exposition à des concentrations hautes et très hautes en polluants important, la pollution hongkongaise est susceptible de varier rapidement et d’atteindre des pics graves à la limite entre "very high pollution" et "severe pollution", non sans conséquences sur la santé publique. Ainsi, 5 pics dont 1 sévère ont été enregistrés en en 2012 et 4 pics dont 1 sévère en 2013, avec un record de pollution en juillet 2012, avec les plus hauts niveaux de pollution jamais enregistrés à Hong Kong.

En 2013, alors que plusieurs pics de pollution ont été enregistrés au niveau de plusieurs stations de contrôle, en début d’année, Hong Kong a connu un nouveau violent pic de pollution entre le 14 et le 16 avril, avec des concentrations en particules PM2,5 et PM10, respectivement 8 et 3 fois plus élevées que la norme préconisée par l’OMS et dépassant celles mesurées au même moment dans plusieurs villes de Chine continentale. Rappelons qu’une concentration en PM2,5 de 200 μg/m3 est considérée comme "très dangereuse pour la santé". La ville a été recouverte d’un brouillard épais et irritant, les tours de Kowloon n’étant plus perceptibles depuis l’île de Hong Kong.

Par ailleurs, les conditions météorologiques ces dernières semaines ont été particulièrement favorables à un niveau de pollution constamment élevé.

3. Impact de la pollution sur la Santé Publique et sur l’économie

Bien que difficiles à estimer car souvent indirects, les effets néfastes de la pollution à Hong Kong sont importants et indéniables, même si difficilement quantifiables. La conséquence immédiate de pics de pollution est une nette augmentation des cas et une aggravation des affections respiratoires et des cardiopathies chez les sujets à risque, et à plus long terme une augmentation des cas de cancers du poumon.

Afin de mesurer les effets sociaux-économiques de la pollution, l’université de Hong Kong (HKU) a développé un index environnemental, le "Hedley Environmental Index" (HEI) [3]. Selon cette étude, la pollution à Hong Kong serait responsable de 3.000 décès par an. Par ailleurs, elle aurait causé la mort de 154 personnes et 325.000 visites médicales rien qu’au moment du pic de pollution de juillet 2012. Elle serait responsable de 257 décès prématurés au cours du mois dernier, dont plus de 100 au cours de la semaine du 4 au 10 décembre, provocant également plus de 250.000 consultations médicales au cours de cette même semaine.

D’un point de vue économique, cette même étude démontre que la compétitivité de la ville est très affectée par la pollution, allant même jusqu’à entraîner la délocalisation de sociétés. Les pertes financières liées à la pollution excessive de l’air sont estimées à 40 Millions de HK$ (soit 4 millions d’euros) par an.

4. Une récente prise de conscience du gouvernement hongkongais

En cas de pic de pollution, les ministères de l’éducation et de la santé se font le relais du ministère de l’environnement pour transmettre les consignes de précaution adaptées à l’index API mesuré. Ainsi, il est recommandé aux écoles de confiner les élèves dans les classes et de réduire les activités sportives et aux personnes âgées et aux personnes sensibles de rester à l’intérieur. Par ailleurs, le département de la marine de la ville de Hong Kong avertit les conducteurs de bateaux au sujet de la visibilité réduite.

Au-delà des mesures immédiates prises par les autorités en cas de pics de pollution, le gouvernement a pris conscience récemment de l’urgence d’améliorer la qualité de l’air et a annoncé, en janvier 2012, une refonte de ses objectifs en la matière. Conscientes non seulement des enjeux de santé publique, les autorités sont sensibles aux risques de cette situation pour l’attractivité de Hong Kong ; la pollution constituant de fait le principal grief des expatriés. En janvier 2013, le chef du gouvernement hongkongais a annoncé ses priorités dans ce domaine, consacrant un budget de 10 milliards de HK$ (1 milliard euros) au remplacement de plus de 80.000 véhicules les plus polluants. Le 28 mars 2013, le ministère de l’environnement a dévoilé son nouveau plan d’action pour améliorer la qualité de l’air à l’horizon 2020.

Le gouvernement a reconnu l’importance des causes endogènes de la pollution du territoire : entre parc de bus vieillissant, véhicules de luxe voraces, climatisation à outrance et port saturé, les habitudes des hongkongais sont peu respectueuses de l’environnement. Et il semble déterminé à agir. Cependant, ces ambitieux objectifs seront difficiles à atteindre sauf à mettre en oeuvre des mesures draconiennes. A la suppression progressive des vieux véhicules polluants - les premiers taxis électriques sont arrivés dans les rues de Hong Kong en début d’année- devront s’ajouter l’introduction d’un carburant plus propre pour les navires et la multiplication des zones piétonnes. Par ailleurs, les autorités hongkongaises ont réaffirmé leur volonté de coopérer avec la province du Guangdong, particulièrement génératrice de polluants, pour s’attaquer au problème.

Enfin, l’index API sera remplacé en 2014 par un nouvel index, le "Health-based Air Quality Health Index" (AQHI) proposé par l’OMS pour une meilleure visibilité de la pollution de l’air et des risques liés.

Sources :

[1] Government HK : Air quality - http://www.gov.hk/en/residents/environment/air/
- [2] Government HK : Air Pollution Index -http://www.gov.hk/en/residents/environment/air/api.htm
- [3] Hedley Environmental Index - http://hedleyindex.sph.hku.hk/home.php

Rédacteurs :

Isabelle SAVES, Attaché de coopération scientifique et universitaire
Maël LE BAIL, Chargé de mission scientifique - Hong Kong

publié le 07/08/2015

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