Focus Energie et Environnement - La sûreté nucléaire à Hong Kong, une thématique d’avenir. (20/12/2013)

Article rédigé le 20/12/2013

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La très forte consommation électrique de la Région Administrative Spéciale (RAS) de Hong Kong (45 TWh en 2012) et la faible étendue de son territoire la rendent fortement dépendante de la Chine continentale pour son alimentation en électricité. Le mix énergétique de Hong Kong est actuellement composé à 30% de nucléaire provenant de la Chine continentale et en particulier des deux réacteurs de technologie française de Daya Bay (70% de l’énergie produite à Daya Bay sert à alimenter Hong Kong) dans la province du Guangdong, à 20 km du territoire hongkongais et à 50 km du "coeur économique" de Hong Kong.

Un nouveau plan de développement de l’électricité à Hong Kong doit être proposé dans les prochains mois et mis en place d’ici 2020. Ce plan, en suspens depuis l’accident nucléaire de Fukushima, prévoit la fermeture progressive des centrales à charbon pour les remplacer en partie par des centrales au gaz, ainsi qu’une augmentation de 30% à 50% de la part du nucléaire.

L’incident de Fukushima a suscité l’inquiétude de la société civile et a impulsé une volonté des autorités hongkongaises de développer l’expertise scientifique et la formation dans le domaine de la gestion des risques et de la sureté nucléaire. Cette prise de conscience ne s’est malheureusement pas inscrite dans la durée et aucune structure traitant de la sureté nucléaire n’a encore vu le jour à Hong Kong malgré l’activisme de bon nombre d’universitaires et de spécialistes de l’énergie. Cette situation est d’autant plus marquante que la Chine continentale est en plein développement de son secteur nucléaire. Elle dispose aujourd’hui de 17 réacteurs nucléaires en opération, de 28 réacteurs en construction et de 30 réacteurs supplémentaires planifiés ; ce qui multipliera la capacité nucléaire de la Chine par un facteur supérieur à 5 d’ici 2020.

Même si la RAS de Hong Kong n’est pas directement impliquée dans cette évolution, et quelle que soit la future décision concernant l’évolution de son mix énergétique, elle est directement concernée par le problème de la sureté nucléaire. Le nombre de réacteurs en fonction dans la région du Guangdong, à moins de 100 km de Hong Kong, devrait passer de 6 à 22, d’ici 2020, faisant de ce corridor de 60 millions d’habitants, la région du monde abritant la plus haute densité de réacteurs nucléaires. Ainsi, le développement de l’expertise en matière de sureté nucléaire et de gestion des risques est essentiel à la sécurité des résidents de Hong Kong.

L’expertise de la France dans ces domaines en fait un partenaire majeur pour la Chine. A titre d’exemple, l’Institut Français Franco-Chinois de l’Energie Nucléaire (IFCEN), fondé en décembre 2009, a pour vocation de former annuellement 100 à 150 ingénieurs chinois en génie atomique pour répondre à la demande croissante de l’industrie chinoise et des entreprises françaises partenaires dans le domaine de l’énergie nucléaire civile. Il existe de nombreuses opportunités de développements de formations "à la française" de ce type à Hong Kong ; d’autant plus que les centrales de la région sud de la Chine sont de technologie française. Dans ce contexte, des experts de l’Institut de Radioprotection et Sureté Nucléaire (IRSN) français ont prêté main forte au secrétariat à la sécurité du gouvernement hongkongais, participant notamment en tant qu’observateur externe au dernier exercice d’alerte organisé en 2012 (le précédent datant de 1996) et en s’impliquant dans la consultation internationale pour la modernisation du plan d’urgence en cas de défaillance de la centrale de Daya Bay en 2011. Par ailleurs, un accord cadre de collaboration a été signé en octobre 2012 entre l’IRSN et l’université hongkongaise City U, université prestigieuse régulièrement classée dans le Top100 mondiale des classements universitaires. Cette université, à la pointe des sciences appliquées et de l’interdisciplinarité est pionnière dans le domaine du nucléaire. Elle devrait participer activement à la formation des premiers experts hongkongais dans le domaine de la sureté nucléaire grâce à la mise en place d’une filière de formation de "Nuclear and risk management" et l’accueil d’un laboratoire de gestion des risques.

Sources :
- CLP group - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/H5vtf
- CityU : BENG NRE - http://www.cityu.edu.hk/mbe/prg-bengnre.htm
- CityU news - 27/11/2013 - http://www6.cityu.edu.hk/cse/cms/index.aspx?lang=en

Rédacteurs :

Isabelle SAVES, Attaché de coopération scientifique et universitaire
Maël LE BAIL, Chargé de mission scientifique

publié le 07/08/2015

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