Focus Santé & Société - L’Université Polytechnique de Hong Kong établit la première base de données locales des nutriments contenus dans le lait maternel. (07/08/2015)

Article rédigé le 07/08/2015

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L’allaitement maternel est depuis longtemps reconnu comme le meilleur moyen d’alimentation des nourrissons et jeunes enfants. En plus d’assurer efficacement l’apport des nutriments, cela contribue à diminuer les risques d’apparition de certaines maladies comme les diabètes et les réactions allergiques. De nombreuses études menées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont mis en évidence que les enfants alimentés au sein dans les premiers mois de leur existence ont de meilleurs résultats aux tests d’intelligence et que leur système immunitaire est plus performant tout au long de leur vie [1].

Le lait maternel (qui regroupe le colostrum, le lait de transition et le lait mature), est une sécrétion lactée jaunâtre et épaisse qui commence à être sécrétée en fin de grossesse ou peu de temps après l’accouchement [2]. Des études scientifiques ont permis de déterminer que la durée optimum préconisée pour l’allaitement exclusif au sein est de 6 mois. Au delà, de six mois à deux ans, l’allaitement doit être complété par une autre source d’alimentation [3]. Pour l’OMS, le lait maternel constitue l’aliment parfait pour les nouveau-nés et permet l’établissement d’un lien privilégié entre la mère et son enfant.

"Pour l’OMS, le lait maternel constitue l’aliment parfait pour les nouveau-nés et permet l’établissement d’un lien privilégié entre la mère et son enfant."

En plus de fournir, en qualité et en quantité optimales, les minéraux et les vitamines nécessaires à la croissance du nourrisson, sans nuire à ses reins, le lait maternel apporte l’ensemble des acides gras nécessaires à l’enfant. C’est le cas de l’acide gras essentiel omega-3 qui contribue au développement du cerveau ainsi qu’à la vision des bébés. Les enfants nourris au lait maternel souffrent moins d’anémie, de gastroentérite, de diarrhée, de maladies des voies respiratoires, d’otites et de méningites que les bébés qui ne le sont pas [4]. Et, même lorsqu’ils sont atteints de l’une ou l’autre de ces maladies, ils ont moins souvent besoin d’être hospitalisés. Enfin, ils sont mieux protégés contre plusieurs maladies chroniques, comme l’obésité, la maladie de Crohn, la colite ulcéreuse, le diabète et la leucémie [5].

Selon une autre étude réalisée en 2014 par l’Université de Harvard [6], le lait produit par les mères s’adapterait même au sexe de l’enfant et ne présenterait pas la même composition que le bébé soit une fille ou un garçon. Concrètement, les chercheurs ont constaté que le contenu du lait ainsi que la quantité produite différaient. Ainsi, les garçons bénéficient d’un lait plus riche en acide gras et en protéines tandis que les filles obtiennent de plus grandes quantités de lait généralement plus riche en calcium [7].

Au delà de ces aspects nutritionnels, l’alimentation par le lait maternel est pratique, puisque le lait est disponible, gratuit et stérile, ce qui procure un avantage indéniable dans certains pays en voie de développement. Malgré tous les avantages qu’il confère, seulement 38 % des nourrissons dans le monde sont exclusivement nourris au sein pendant les six premiers mois de leur vie. En France, l’allaitement reste encore très diversement pratiqué. Plus de deux tiers des nourrissons (69 %) sont allaités à la maternité (60 % de façon exclusive, et 9 % en association avec des formules lactées), mais ils ne sont plus que la moitié (54 %) à l’être un mois plus tard, dont seulement 35 % de façon exclusive. Tels sont les résultats de l’étude Epifane (Epidémiologie en France de l’alimentation et de l’état nutritionnel des enfants pendant leur première année de vie) publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut national de veille sanitaire (InVS). Cette étude a été réalisée par l’Unité de surveillance et d’épidémiologie nutritionnelle (Usen) de l’InVS/Université Paris 13 auprès de 2 936 mères et 3 500 nourrissons nés entre le 16 janvier et le 5 avril 2012, dans 140 maternités [8].

Alors que le taux d’allaitement exclusif à la sortie de la maternité en 1995, évalué à 40,5 %, avait accusé une baisse de 7 % par rapport à 1985 au profit de l’allaitement artificiel et de l’allaitement mixte, depuis les années 2000, il existe une amélioration du taux d’allaitement en France. Les statistiques actuelles situent le taux d’allaitement exclusif au sein entre 50 et 60 %. Cependant, la France reste un des pays d’Europe où on allaite le moins avec l’Italie et l’Irlande. Le Royaume Uni et les Etats-Unis affichent des taux oscillant entre 70 et 80 % à la naissance, la Suisse et le Danemark, respectivement 92 % et 99 % (Tableau 1) [9].

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Taux d’allaitement à la naissance dans différents pays. Crédits MONIER Justin


A Hong Kong, grâce à une meilleure communication sur le sujet, notamment dans les hôpitaux publics, l’allaitement est en hausse constante depuis de nombreuses années. D’après le Dr Marie Tarran, Professeur associée à « The University of Hong Kong’s School of Nursing », le taux d’allaitement à Hong Kong a rapidement crû au cours des 15 dernières années. La dernière étude menée par « The Baby Friendly Hospital Initiative HK Association » en 2013 montre que 83 % des mères allaitent à la sortie de la maternité, un pourcentage supérieur à celui de la Grande Bretagne (81 %) et des Etats-Unis (75 %) mais encore bien inférieur à l’Australie (95 %). Même si l’allaitement est devenu de plus en plus populaire ces dernières années à Hong Hong, il reste relativement bas si l’on prend en compte les statistiques dans les mois suivant l’accouchement. Une récente étude a en effet mis en évidence que seulement 46 % des mères continuent à allaiter après 3 mois et ce pourcentage tombe à 30 % au bout de 6 mois [10]. Une des raisons principales est que les mères sont inquiètes quant à la capacité du lait maternel à pouvoir répondre seul à l’ensemble des besoins nutritifs nécessaire à la bonne croissance de leur enfant. Les agents de santé de Hong Kong, qui devraient promouvoir activement cette pratique, avouent posséder peu d’informations scientifiques pour répondre aux questions relatives à ce sujet.

Pour palier ce manque de données scientifiques tangibles et récentes, une équipe de recherche de l’université Polytechnique (Poly U) de Hong Kong a réalisé une étude afin de mieux comprendre l’ensemble des caractéristiques du lait maternel des femmes de Hong Kong et a réussi à évaluer l’influence du régime alimentaire de la mère sur le composition de son lait maternel [11]. Sous la direction du Professeur Wong Man-sau, du "Departement of Applied Biology and Chemical Technology (ABCT)", la première base de données hongkongaise des nutriments contenus dans le lait maternel a été réalisée par le « Laboratory for Infant & Child Nutrition » mis en place par le « Food Safety and Technology Research Center (FSTRC)" de l’Université Poly U.

Entre juin et septembre 2014 l’équipe de recherche de PolyU a prélevé sur 74 mères des échantillons de lait maternel. Pendant cette période, les participantes ont été soumises, en parallèle, à une étude de leur régime alimentaire. Les analyses du taux des deux acides gras poly-insaturés : l’acide docosahexaénoïque (DHA) et l’acide eicosapentaénoïque (EPA), dans les prélevements ont été réalisées entre septembre 2014 et juin 2015.

Le DHA est un élément essentiel pour le développement du cerveau (nottament de la mémoire) et pour le maintien de la vision. Il est également important pour le développement du fœtus. De son côté, l’EPA joue un rôle majeur dans le fonctionnement du coeur en prévenant les maladies liées à la chaleur et les crises cardiaques. Il est aussi censé abaisser la tension artérielle et améliorer la fonction des cellules. EPA et DHA sont donc importants pour la santé générale [8].

Les résultats de cette étude ont permis de révéler que le taux de DHA, dans plus de 80 % des laits collectés, était conforme au seuil établi par le « Chinese Dietary Reference Intakes (DRIs) » pour des enfant de 0 à 36 mois (sur la base d’un volume journalier de lait de 750 ml). Ces apports sont donc largement suffisants pour supporter la croissance du cerveau et de la fonction visuelle de l’enfant.

Le suivi alimentaire des mères participantes durant la période de prélèvement a permis de déterminer que le taux d’ingestion de DHA et de DHA+EPA était, en moyenne, supérieur aux recommandations faites par le DRIs sur la période considérée. D’après la surveillance du régime alimentaire, l’équipe de recherche de PolyU a découvert que la saumon est le poisson le plus consommé par les participantes avec en moyenne une consommation tous les 5 jours. Dr Gordon Cheung, diététicien et membre du projet, suggère aux mères allaitant de consommer des aliments riches en “bonnes” graisses comme le poulet, les œufs et le poisson. La consommation de ce dernier est optimal pour des portions hebdomadaires allant de 140 à 480 g car les poissons sont généralement riches en omega-3 mais peuvent aussi contenir du méthyl mercure toxique pour l’homme et dangereux pour la croissance de l’enfant. Manger des fruits de mer et des algues riches en iode, des aliments riches en calcium, et boire de l’eau ou des soupes de manière fréquente permet d’améliorer la qualité du lait maternel et de supporter efficacement la croissance du nourrisson.

Le Pr Wong Man-sau souligne que « ces résultats de recherche révèlent que la qualité du lait maternel des mères de Hong Kong permet de satisfaire les besoins de l’enfant en terme d’Omega-3 […] ». L’équipe devrait entamer la deuxième phase du projet qui devrait durer 6 mois. Cette phase inclut notamment le suivi de nombreux éléments essentiels comme le calcium, le zinc, le fer, l’iode et le sélénium. Cela devrait permettre au « Laboratory for Infant & Child Nutrition » de mieux comprendre la composition du lait maternel des mères de Hong Kong, promouvoir les coopérations et lancer une campagne de communication sur la nécessité de promouvoir l’allaitement maternel et ses avantages.

Sources :

[1]http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2013/world_breastfeeding_week_20130730/fr/
[2]http://www.magicmaman.com/,colostrum,2465006.asp
[3]http://www.who.int/topics/breastfeeding/fr/
[4 ;5]http://naitreetgrandir.com/fr/etape/0_12_mois/alimentation/fiche.aspx?doc=naitre-grandir-allaitement-maternel-avantage
[6 ;7]http://www.maxisciences.com/b%E9b%E9/bebe-le-lait-maternel-change-en-fonction-du-sexe_art32003.html
[8 ;9]http://www.info-allaitement.org/promotion-de-l-allaitement.html
[10]http://www.scmp.com/lifestyle/family-education/article/1150949/issue-breastfeeding-hong-kong
[11] http://www.polyu.edu.hk/web/en/media/media_releases/index_id_6125.html
[12]http://www.santearticles.com/omega-3-la-difference-entre-le-dha-et-lepa/

Rédacteur :

Justin MONIER, Chargé de mission scientifique - Hong Kong

publié le 07/08/2015

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