Focus Santé & Société : Les nouvelles technologies au service de la lutte contre la pollution de l’air, Hong Kong vs France (30/06/2015)

Article rédigé le 30/06/2015

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I. La pollution de l’air extérieur

Par pollution de l’air, on entend la contamination de l’environnement, intérieur ou extérieur, par un agent chimique, physique ou biologique qui modifie les caractéristiques naturelles de l’atmosphère. La pollution de l’air en milieu urbain est générée par les transports, les industries et la production énergétique (la combustion au sein des foyers). En milieu rural, le trafic routier, l’épandage agricole et les industries sont eux les principaux émetteurs d’oxydes d’azote et d’ammoniac, qui contribuent à la formation de pluies acides et de gaz à effet de serre. La pollution atmosphérique peut aussi provenir de sources naturelles comme les feux de forêt ou les éruptions volcaniques.

Les polluants les plus nocifs pour la santé publique sont notamment les matières particulaires, le monoxyde de carbone, l’ozone, le dioxyde d’azote et le dioxyde de soufre. La pollution se manifeste physiquement par la présence de particules fines comme les aérosols et le smog urbain (dont l’ozone troposphérique est le composant majoritaire, à ne pas confondre avec l’ozone stratosphérique, à une altitude plus haute, qui protège la Terre des rayonnement solaires). Pénétrant facilement dans le corps, les particules en suspension dans l’air, notamment les PM 10 et les PM 2,5 (de diamètre inférieur à 10 et 2,5 microns, respectivement), sont considérées, par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), comme très nocives.

La dégradation de la qualité de l’air résulte généralement de la combinaison d’un cocktail de polluants dont les concentrations et les durées de présence dans l’atmosphère sont suffisantes pour produire un effet toxique et/ou écotoxique. La pollution de l’air, à l’extérieur comme à l’intérieur, peut être la cause de nombreuses maladies respiratoires, d’allergies, de maladies cardio-vasculaires, ainsi que des cancers des poumons, reins, foie...

I.1. Situation en France

La pollution atmosphérique cause, en moyenne, chaque année, la mort prématurée de 7 millions de personnes dans le monde dont 600 000 en Europe et 40 000 en France, selon l’OMS et le Ministère de l’Ecologie, du Developpement Durable et de l’Energie [1]. Une enquête réalisée par l’association « Ecologie sans frontière » indique que la pollution de l’air est la source de 42 000 décès prématurés chaque année en France. En plus de l’impact direct sur la santé publique, des études commencent à montrer que la pollution de l’air engendre des coûts économiquement très importants, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour la France par an [2]. “Il y a eu, en 2014, environ 750 000 journées d’arrêt de travail liées à la pollution de l’air en France", a renchéri le vice-président de l’ONG, M. Nadir Saïfi [3].

Bien que cela constitue une problématique de santé publique, les autorités françaises ne semblent pas avoir saisi l’importance du débat. Alors qu’une plainte contre les pouvoirs publics avait été déposée par l’association “Écologie sans frontière” et qu’elle avait donné lieu à l’ouverture d’une enquête préliminaire en mars 2014, celle-ci vient d’être classée par le parquet de Paris. Comme le souligne, M. Nadir Saifi, cette décision est "décevante, incompréhensible et inquiétante pour les générations futures". La Commission européenne a, elle aussi, récemment pris part aux débats sur la pollution de l’air en France. Dans un communiqué publié le mercredi 29 avril 2015, les instances européennes ont menacé les autorités françaises d’un renvoi en justice, si celles-ci ne prenaient pas de mesures « ambitieuses, rapides et efficaces » pour limiter l’exposition de la population aux particules fines. Une réaction doit être constatée dans un délai de deux mois, a spécifié Bruxelles. La France, en cas de non-suivi de cet « avis motivé », devra répondre devant la Cour de justice de l’Union Européenne. L’exécutif européen estime en effet que le pays « n’a pas adopté les mesures qui auraient dû être appliquées depuis 2005 pour protéger la santé de ses citoyens » [4].

Le cas particulier de la ville de Paris...

La Commission européenne qui, en s’appuyant sur les chiffres donnés par le gouvernement Français en 2014, souligne que le problème de la pollution de l’air est très préoccupant dans dix zones urbaines en France. En effet, les limites maximales journalières pour les particules fines sont dépassées au moins une fois par an à Paris, Lyon, Grenoble, Marseille, en Martinique, dans la région Rhône-Alpes, en Paca, à Nice, Toulon et dans l’agglomeration Douai-Béthune-Valenciennes. [5]

Parmi ces 10 zones, les habitants les plus concernés par cette pollution sont les habitants de Paris, des départements de la petite couronne parisienne et des zones urbaines de la grande couronne ainsi que les personnes habitant près des grands axes de circulation.

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La pollution à Paris en Avril 2015. Crédits : Magasine Le monde


En 2014, pendant 16 journées (deux fois moins d’en 2013), environ 400 000 franciliens, principalement en agglomération et au voisinage de grands axes de circulation, ont été potentiellement soumis à des niveaux dangereux de particules PM10 ne respectant pas la réglementation de l’OMS. Sur l’ensemble de la France en 2014, environ 2,3 millions de franciliens ont aussi été potentiellement exposés à des niveaux de dioxyde d’azote au-delà de la réglementation.

Très récemment, le débat sur la pollution de l’air à Paris a refait surface suite à un nouvel épisode de pollution aux particules fines touchant le nord de la France. Un épisode de pollution accrue à Paris et en Ile-de-France, début avril 2015, a aussi donné lieu à une polémique en France, les élus de la région réclamant, en vain, une mise en œuvre rapide de la circulation alternée des véhicules. Le mercredi 18 mars 2015, un voile brumeux avait enveloppé toute la journée la capitale, à tel point que même la tour Eiffel avait un temps disparu. Le seuil d’alerte a été atteint, avec une concentration moyenne de particules PM 10 dépassant les 80 μg/m3, ce qui etait déjà arrivé à Paris deux fois depuis le début de l’année, le 1er janvier et le 12 février derniers. A noter que l’OMS recommande de ne pas dépasser les valeurs suivantes pour les PM10 :

- 20 μg/m3 moyenne annuelle
- 50 μg/m3 moyenne sur 24 heures

Mais cette fois-ci, un record a été battu. La ville de Paris a été certifiée quelques heures durant la capitale la plus polluée du monde, devant la mégapole chinoise de Shanghaï. Un classement qui a pu être établi grâce à PlumeLabs, un site internet spécialisé dans la qualité de l’air. Celui-ci informe en temps réel les utilisateurs de l’évolution de la pollution dans une soixantaine de villes du monde entier [6]. Le pic printanier, qui affecte cycliquement la partie nord de l’Europe, est particulièrement lié au trafic routier, ainsi qu’à l’épandage agricole, explique Airparif (organisme de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France) sur son site internet. La réaction chimique des oxydes d’azote et ammoniaque entre eux vient renforcer la quantité de particules présentes dans l’atmosphère [7].

...et de l’année 2014

Globalement la qualité de l’air s’est améliorée en 2014, mais plus de 2,3 millions de franciliens restent exposés à des niveaux de pollution qui ne respectent pas la réglementation, a indiqué, mardi 19 mai 2015 Airparif dans son bilan annuel. L’amélioration « reste insuffisante » et la situation « toujours problématique », juge ce même organisme. En moyenne, sur l’année 2014, les concentrations de polluants atmosphériques restent largement au-delà des seuils fixés par la réglementation, étant jusqu’à deux fois supérieurs aux valeurs limites le long de certains axes routiers. Cinq polluants posent de fait toujours problème à des degrés divers et ne respectent toujours pas les réglementations : le dioxyde d’azote, les particules PM10 et PM2,5, l’ozone et le benzène. A savoir que pour l’ozone par exemple, celui-ci a conservé « un niveau de fond soutenu ». Le nombre de jours de pollution, essentiellement aux particules, a “été moindre en 2014 (16 jours de pic) qu’en 2013 (36 jours) mais reste toujours élevé” [8].

L’année 2014, la plus chaude depuis 1900, a été marquée par des températures supérieures aux normales saisonnières sur l’ensemble de l’année, à l’exception des mois estivaux qui ont été frais, nuageux et pluvieux. De ce fait, les émissions du chauffage ont été moins importantes qu’habituellement ( - 15 % en moyenne) et les niveaux chroniques de pollution encore moins élevés qu’en 2013. Cette situation de baisse temporaire de pollution s’explique donc principalement par des conditions météorologiques plutôt favorables à la dispersion de la pollution, en dehors de la période printanière.

La concentration de particules chimiques dans l’atmosphère est très liée à la météo, mais parce qu’elle change en permanence, il est difficile de prévoir, et de s’organiser en conséquence. Ces épisodes de pollution se sont surtout concentrés sur le mois de mars où leur intensité et leur durée ont conduit à l’adoption de mesures d’urgence. Même si les conditions météorologiques ont été très favorables en 2014, le 17 mars 2014, pour la première fois depuis 1997, le préfet de Paris a décrété la mise en place de la circulation alternée. A savoir que lorsqu’une telle mesure est prise, il faut attendre en moyenne deux jours pour ressentir les premiers effets. En mars 2014, lorsque la circulation alternée avait été mise en place après plusieurs jours d’une pollution importante, cette initiative avait permis de réduire de 15 % les émissions de particules PM 10 et de 20 % celles d’oxydes d’azote [9].

Bien qu’efficaces, ces mesures ne sont évidements envisageables que temporairement et ne constituent pas une politique pérenne. Des actions permanentes sont donc nécessaires en faisant par exemple intervenir des outils économiques ou réglementaires.

1.2. Situation à Hong Kong

Hong Kong est une ville régulièrement confrontée à de violents pics de pollution, faisant de cette thématique un sujet de préoccupation majeur pour la population. Les concentrations moyennes annuelles mesurées depuis 1999 (depuis 2005 seulement pour les particules PM2.5), sont 2 à 3 plus élevées que les valeurs seuils conseillées par l’OMS, en fonction des polluants et des sites de mesures. Le sujet de la pollution de l’air est particulièrement sensible à Hong Kong puisqu’il a des conséquences économique évidentes. En effet, en 2013, Hong kong a perdu sa première place mondiale au classement des économies les plus compétitives au monde dressé par l’ « International Institute for Management Development » de Lausanne, se faisant dépasser par les États-Unis et la Suisse [10]. Les milieux d’affaires attribuent ce recul à la pollution. En effet, ils craignent que la qualité de l’air n’entache durablement la réputation de Hong Kong, nuisant à son attractivité auprès des talents étrangers dont la ville a besoin pour maintenir son rang en Asie.

Etant donné le grand intérêt que porte la population à cette thématique, le journal local « The South China Morning Post » publie régulièrement des articles relatifs à l’étude de la qualité de l’air à Hong Kong. En avril et mai 2015, ont été publiées les enquêtes suivantes :

- Une étude a mis en évidence, pour la première fois, la corrélation entre la pollution de l’air et le taux de mortalité des personnes âgées à Hong Kong [10].

Une étude pluriannuelle d’une durée de 13 ans, menée par l’école de santé publique de la Faculté de Médecine de la “Hong Kong University” (HKU) auprès de 60 200 personnes âgées de Hong Kong a établi un lien de cause à effet entre le taux de mortalité et la concentration en particules fines PM 2,5 dans l’atmosphère. Cette étude, qui est la première du genre en Asie, a permis de suivre la concentration en polluants quartier par quartier et a établi qu’une augmentation de 10 unités dans la concentration de particules fines PM2,5 dans l’atmosphère augmentait de :

- 22 % le taux d’accidents cardio-vasculaires,
- 42 % le taux de maladies coronariennes,
- 24 % le taux de crises cardiaques.

A noter que l’étude souligne aussi que la concentration de PM2,5 est à Hong Kong en moyenne annuelle plus de 2 fois supérieure aux recommandations de l’OMS (40 à 50 ug/m3 à Hong Kong contre 20 microgrammes/m3 recommandé). La moyenne annuelle en Chine continentale est, elle, 4 fois supérieure puisque la concentration y est en moyenne de 100 microgrammes/m3.

- Les dépassements des seuils de la qualité de l’air à Hong Kong [11].

Une étude menée de févier 2014 à mars 2015 par « The Hong Kong University of Science and Technology » met en évidence des problèmes persistants sur la qualité de l’air à Hong Kong.

Les niveaux de pollution dans les quartiers de Causeway Bay et Central ont dépassés les recommandation de l’OMS pendant 280 jours sur l’année 2014. Cette surveillance des concentrations en particules fines réalisée dans la partie Nord de l’île de Hong Kong a pu être faite grâce à des capteurs de polluants installés sur les trams de la ville. Ces capteurs de PM2,5 ont permis de confirmer les données obtenues lors de l’enquête
réalisée par l’école de santé publique de HKU (voir ci-dessus). Les mesures, menées sur 12 mois, montrent que durant les heures de pointe la concentration de PM2,5 atteint en moyenne 51 ug/m3 ce qui est deux fois plus que les recommandation définies par l’OMS [12].

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Carte qui indique la qualité de l’air sur la partie nord de l’île de Hong Kong. Crédits SCMP


Ces particules sont très dangereuses pour la santé car elles sont capables de pénétrer profondément dans Le système respiratoires. D’après la conclusion de l’enquête, cette pollution serait due en grande majorité aux émissions de voitures de particuliers et par un manque de circulation d’air du à la hauteur des bâtiments.

II. La pollution de l’air intérieur

Alors qu’une population de plus de 1,7 milliard de personnes environ dépend encore du fumier, du bois, des résidus de récolte et du charbon pour satisfaire leurs besoins énergétiques de base, la pollution de l’air à l’intérieur des habitations serait responsable de plus de 1,6 million de décès par an selon les estimations. Cette pollution affecte particulièrement les femmes et les enfants, qui passent davantage de temps au foyer. L’Organisation des Nations Unis (ONU) a encadré la mise en place en 1979 d’une Convention sur la pollution atmosphérique transfrontalière à longue distance. L’OMS estime que ramener les taux de particules PM10 de 70 à 20 µg/m3 diminuerait la mortalité induite par la pollution de l’air de 15 % [13].

Bien que la qualité de l’air extérieur soit de plus en plus préoccupante, les habitants de zones urbaines passent en moyenne 80 % de leur journée à l’intérieur d’un espace clos ou semi-clos, maisons et bureaux. Ces espaces que l’on croit bien souvent dépourvus de pollution concentrent en fait une grande quantité de produits chimiques et de particules néfastes pour la santé. S’il est conseillé d’aérer en moyenne sa maison 10 minutes par jour, la question se pose aujourd’hui pour des villes comme Hong Kong de savoir lequel de l’air extérieur ou intérieur est le moins pollué.

Afin de connaître la qualité de l’air de façon continue et donc de pouvoir faire les meilleurs choix sur l’aération du bâtiment par exemple, les appareil connectés apparaissent aujourd’hui comme une solution prometteuse. Ces appareils sont capables d’analyser les qualités physique et chimique de l’air et de transmettre en temps réel l’information aux utilisateurs.

La France, qui a su très bien se positionner dès le départ sur ce marché porteur des objets connectés, possède aujourd’hui une industrie, un réseau de start-up et des centres de R&D parmi les plus performants au monde. Cependant, les pays émergents très densément peuplés, comme la Chine ou l’Inde, se tournent aussi de plus en plus vers ce type de technologies et semblent y consacrer une part importante de leurs investissements.

II.1. La FrenchTech pour surveiller et améliorer la qualité de l’air intérieur

Parmi les objets capables de mesurer et d’analyser l’environnement de notre maison, il existe aujourd’hui parmi les plus connus, la station météo Netatmo, l’analyseur Cube Sensors ou encore l’analyseur Lapka.

La start-up française Airboxlab a récemment lancé Foobot (disponible en magasin depuis janvier 2015). Après plus de deux ans de recherche et développement, la jeune entreprise Airboxlab ambitionne de répondre au défi d’un "air plus sain" et propose un objet connecté pour mesurer la qualité de notre air intérieur. Cet objet au design épuré est destiné au grand public. Il est capable de mesurer en continu la qualité de l’air dans les foyers (24 heures sur 24 et 7 jours sur 7). Ses promesses sont multiples : traquer les particules à l’origine des allergies, garder sous contrôle les composants chimiques provenant de nos appareils mobiles et régler la bonne température et l’humidité de la pièce pour créer un espace de vie plus agréable pour toute la famille [14].

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Photo de du capteur Footbot. Crédits : Les numériques [15].


Ce petit objet blanc se pose sur une table ou une étagère, et analyse une trentaine de composés organiques volatils (COV), dont le formaldéhyde et le benzène, des éléments qui peuvent être responsables d’irritations, de maux de tête, voire de maladies respiratoires et qui proviennent généralement des matériaux des constructions ou des activités internes (nettoyages, cuissons).

Couplé à une application Smartphone, Foobot lance une alerte clignotante rouge, qui rend compte des différents polluants, laissant les utilisateurs trouver la source de ce danger et agir en conséquence. Il peut aussi constater à quels moments interviennent les pics de pollution et conseiller d’aérer la pièce à une heure précise et pendant une durée précise pour plus d’efficacité.

Pour optimiser le flux d’air à l’intérieur, Foobot utilise un ensemble de capteurs mesurant en continu les sources de pollution, COV, particules fines, température et humidité, et est équipé d’un module de communication pour transmettre toutes ces mesures à un utilisateur via une application mobile. Les capteurs mesurent en continu et génèrent une grande quantité de données, analysées grâce à des algorithmes mathématiques de reconnaissance et de comparaison. La mesure est alors soumise à un "logiciel d’intelligence et de reconnaissance de modèle" propre à chaque utilisateur et censé détecter les sources de la pollution émise tout au long de la journée.

L’ambition de Airboxlab est clairement affichée : faire de Foobot le premier appareil interactif entre l’utilisateur et les systèmes de traitement d’air. Des développements informatiques permettront à Foobot de prendre le contrôle des systèmes de ventilation et de purification d’air pour en optimiser l’usage et garantir un air intérieur sain.

On pense également à la station météo connectée et autonome en énergie Netatmo qui mesure elle aussi la concentration en C02, la température, l’hygrométrie, la pression d’atmosphérique et le bruit ambiant. Cette station est connectée en Wi-Fi et relaie les informations en temps réel sur un iPhone, iPad ou un smartphone Android (4.0 ou ultérieur lancé tout récemment) via l’application Netatmo. Outre l’aspect personnel des données, Netatmo revendique une perspective universelle et vise à créer un réseau communautaire mondial de surveillance et de mesure du climat et de la qualité de l’air.

Des notification sont envoyées à votre smartphone si la concentration de CO² dépasse 1000 ppm (il faut aérer la pièce), si la température extérieure atteint 3°C (attention gel imminent), si la pression atmosphérique chute de 2 mbar en 1 heure (dégradation météorologique en cours), si la température intérieure descend en dessous de 10°C (problème de chaudière/chauffage ?) ou quand l"humidité augmente de plus de 20 % dans un court laps de temps.

Une autre station connectée est actuellement à l’honneur : Alima, qui analyse l’environnement intérieur d’un foyer et conseille son utilisateur pour l’améliorer [16].
Alimentée par secteur et connectée en Wifi, cette station mesure différentes informations sur l’état de votre intérieur, à savoir :

- le dioxyde de carbone (CO2),
- le monoxyde de carbone (CO),
- les composants volatiles organiques (VOC),
- les particules fines (PM),
- la température (T),
- l’humidité (RH)

La différence fondamentale avec l’objet présenté précédemment est qu’Alima est un objet connecté à courbe d’apprentissage. Cela signifie que son efficacité s’améliore avec le temps. Elle est capable de comprendre les habitudes de l’utilisateur pour lui promulguer des conseils afin d’améliorer la qualité de son environnement intérieur. Toutes les données sont visibles depuis l’application mobile disponible sous Android et iOS. L’objet est également capable d’effectuer des prévisions pour anticiper des pics de pollution interne.

"D’ici à dix ans, ces appareils seront de plus en plus précis, prédit Jacques Touillon, co-fondateur d’Airboxlab. Encore plus miniaturisés, ces capteurs seront intégrés à d’autres objets, voire présents dans chaque pièce". Un capteur miniaturisé, moins cher et destinée à être disposé dans l’ensemble des pièces d’une habitation, c’est justement ce que développe actuellement une équipe de recherche basée à Hong Kong.

II.2. De nouvelles technologies hongkongaises pour lutter contre la pollution de l’air intérieur

Une équipe de recherche de l’Université des Sciences et Technologies de Hong Kong (HKUST) développe actuellement un capteur multifonction pour répondre à la problématique de l’air intérieur bien connue à Hong Kong.

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Le Professeur Amine BERMAK et son équipe développent actuellement un micro capteur innovant pour la qualité de vie intérieure. Crédits : David Wong.


Ce capteur devrait permettre de suivre simultanément la température, l’humidité, le mouvement dans une salle et certains gaz nocifs présents dans l’air. Ce capteur réunira les informations indispensables pour mettre en place un plan d’amélioration de la qualité de l’air intérieur et permettra egalement une diminution de la consommation énergétique des bâtiments.

Le professeur Amine BERMAK [17, 18] du Département “Electronic and Computer Engineering” (ECE) ainsi que 4 collègues de Hong Kong et 3 collaborateurs du "Massachussetts Institute of Technology” (MIT - USA) travaillent depuis janvier sur la réalisation de ce capteur. Le projet, considéré comme stratégique par le gouvernement de Hong Kong, a déjà bénéficié de 9,8 millions de HKD (soit 1,1 million d’euros) de subvention. Le but est de développer un capteur à la fois petit, peu cher et peu énergivore. L’idée est d’en équiper les bâtiments afin de les cartographier et de permettre leur transition vers un « Smart Green Building ».

Ce capteur autonome en énergie est aujourd’hui capable de reconnaître les mouvements mais aussi et surtout d’analyser le nombre de personnes présentes dans une pièce. L’information peut alors être utilisée pour réguler intelligemment la température ou la luminosité.

L’une des possibilités qu’offre ce capteur est de pourvoir identifier certains gaz dont le CO2 connu pour favoriser, à de fortes concentrations dans l’air intérieur, des maux de tête ou un ralentissement des facultés intellectuelles. Les COV peuvent être eux aussi identifiés. Ces molécules, comme le formaldéhyde, sont reconnues comme dangereuses pour la santé humaine et sont même, pour certaines d’entre elles, avérées cancérigène.

Le but final du projet est de permettre un envoi en temps réel des données (sur un Smartphone, par exemple) afin de connaître les caractéristiques de la salle dans laquelle on se trouve mais surtout de contribuer à la mise en place de la transition vers les « Smart Green Buildings ». Le développement de la technologie et le développement de l’ensemble des applications sont estimés à 2 ans chacun.

Conclusion :

La qualité de l’air intérieur et extérieur est un sujet de plus en plus préoccupant dans les zones de forte densité urbaine. Bien que conférant une sensation d’isolement, les bâtiments peuvent connaître une mauvaise qualité d’air intérieur si l’on n’y prête pas attention. Afin de pouvoir suivre la qualité de l’air qui nous entoure, mais aussi afin de pouvoir prendre des mesures pour l’améliorer, les objets connectés semblent se positionner comme l’une des solutions les plus prometteuses. Le marché des objets connectés qui n’en est, à l’heure actuelle, qu’à son balbutiement devrait atteindre 50 milliards d’objets connectés d’ici 2020 et connaître une croissance annuelle entre 10 et 50 % selon les secteurs. La France qui se positionne aujourd’hui comme un des leaders mondiaux de ces technologies doit continuer à innover pour rester compétitive mais aussi pour ne pas se faire rattraper par les pays émergeant dans ce domaine qui devraient renforcer leurs investissements dans ce secteur pendant les prochaines décennies.

Sources :

[1] Site web de l’Organisation Mondiale de la Santé, visité le 27 mai 2015
http://www.who.int/topics/air_pollution/fr/

[2] Site web du Figaro, article du 19 mai 2015
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/05/19/97001-20150519FILWWW00018-plainte-contre-la-pollution-de-l-air-en-france.php

[4] [5] Site web du Monde, article du 29 avril 2015
http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/04/29/pollution-de-l-air-la-commission-europeenne-menace-la-france-de-poursuites_4625273_3244.html

[6]https://www.plumelabs.com/fr
[7] Site du Nouvel Observateur, article du 19 mars 2015
http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20150319.OBS4972/paris-etait-encore-plus-polluee-que-shanghai-mercredi.html

[8] Site web de BFM, article du 19 mars 2015
http://www.bfmtv.com/planete/paris-devenue-un-instant-capitale-la-plus-polluee-du-monde-870085.html

[9] Site web du Monde, article du 19 mai 2015
http://www.lemonde.fr/pollution/article/2015/05/19/la-qualite-de-l-air-reste-problematique-en-ile-de-france_4636396_1652666.html

[10] World Competitiveness Center, article : IMD World Competitiveness Ranking 2015
http://www.imd.org/wcc/news-wcy-ranking/

[10] Site web du South China Morning Post, article du 26 avril 2015
http://www.scmp.com/news/hong-kong/health-environment/article/1776575/hong-kongs-elderly-face-special-air-pollution-risk

[11] Site web du South China Morning Post, article du 30 avril 2015
http://www.scmp.com/news/hong-kong/health-environment/article/1781677/air-pollution-central-and-causeway-bay-exceeds-who

[12] Site web du South China Morning Spost, article du 12 mai 2015
http://www.scmp.com/news/hong-kong/health-environment/article/1793212/pollution-levels-central-are-double-who-safety

[13] Site web Notreplanet.info, article du 25 mars 2015
http://www.notre-planete.info/environnement/pollution_air/

[14] Site web Direct matin article du 29 janvier 2015
http://www.directmatin.fr/hi-tech/2015-01-29/des-objets-connectes-pour-la-qualite-de-lair-interieur-698693

[15] Site web Les numériques, article du 12 novembre 2014
http://www.lesnumeriques.com/objet-connecte/foobot-p22305/foobot-objet-connecte-qui-mesure-qualite-air-interieur-n36807.html

[16] Site web ArucoNetwork, article du 12 février 2014
https://www.aruco.com/2014/02/alima-qualite-air/

[17] Site South China Morning Post, Article du 04 mai 2015
http://www.scmp.com/news/hong-kong/health-environment/article/1785112/tiny-sensors-developed-hkust-team-aim-keep-eye-air

[18] Site web du Département de « Electronic & Computer Engineering » de HKUST http://www.ece.ust.hk/ece.php/profile/facultydetail/eebermak]

Rédacteur :

Justin MONIER, Chargé de mission scientifique - Hong Kong

publié le 02/07/2015

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