Focus Santé & Société - Veille sanitaire à Hong Kong : des mesures de précaution à la hauteur de la peur des maladies infectieuses. (09/03/2014)

Article rédigé le 09/03/2014

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Avec 7,2 millions d’habitants sur seulement 1 100 km2, Hong Kong est aujourd’hui l’un des territoires les plus dense au monde. Le quartier de Mongkok atteint d’ailleurs un record mondial en terme de densité humaine avec localement plus de 40.000 hab/km2.

Le SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) a été la première maladie grave et transmissible à émerger au début du 21ème siècle. Transmise depuis la province de Guangdong (Chine) fin 2002, elle a contaminé en quelques mois 8096 personnes autour du globe et provoqué 774 décès. La pandémie de SRAS s’est avérée particulièrement sévère à Hong-Kong, où elle s’est initialement déclarée et où le virus a été identifié, Hong Kong dénombrant 1755 cas dont 299 décès. Entraînant une désorganisation économique et sociale majeure au sein de la ville, le virus fut finalement confiné en partie grâce à des mesures de précautions extrèmes et des mises en quarantaine exceptionnelles, mais l’épidémie laissa une trace indélébile dans l’esprit des habitants et des services de santé hongkongais. [1]

On observe aujourd’hui les conséquences de cette épidemie sur la veille sanitaire en place à Hong Kong [2,3] :
- une veille épidémiologique accrue concernant les risques d’épidémies de maladies infectieuses, avec un focus particulier sur les maladies provoquées par des virus similaires et des virus grippaux ;
- un relais médiatique efficace ;
- une surveillance importante des frontières, notamment avec la Chine continentale ;
- des plans d’actions et d’urgence bien établis .

Le "Centre for Health Protection" (CHP) est l’organisme public, dépendant du "Department of Health" du gouvernement hongkongais, en charge de la prévention et du contrôle des maladies [4]. Pour chaque maladie infectieuse, le CHP réalise un suivi des cas recensés à Hong Kong et partout dans le monde. Une étude épidémiologique des cas recensés à Hong Kong est également réalisée, permettant la mise en des mesures nécessaires au cas par cas. A titre d’exemple, peuvent être cités les plans de vigilance particulièrement exceptionnels mis en place contre 2 virus apparus ces deux dernières années : le "Middle East respiratory syndrome" coronavirus (MERS-CoV) et de la grippe aviaire H7N9.

L’apparition du MERS-CoV [5], en avril 2012 au Moyen Orient, a suscité une forte inquiétude au sein de la population hongkongaise malgré le fait qu’aucun cas n’ait été détecté à Hong Kong. Cet effroi s’explique notamment par la similitude entre ce virus et le SRAS apparu 10 ans plus tôt. Dès les premières annonces de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le gouvernement hongkongais, via le CHP, a commencé à publier des informations quotidiennes sur le virus, ainsi qu’une nouvelle alerte pour chaque cas d’infection soupçonné et confirmé à travers le monde. A partir de septembre 2013, Hong Kong a été placé en état de "vigilance", impliquant :
- une augmentation des mécanismes de surveillance auprès des hôpitaux, des médecins, des agences de voyage et des compagnies aériennes [6] ;
- l’infection par le MERS-CoV a été déclarée "maladie infectieuses à notifier" ;
- les écoles et maisons de retraite ont reçues des consignes de surveillance spécifiques [2].

Compte tenu de l’évolution des cas d’infection, en avril 2013, les mesures d’inspection aux frontières, et notamment les mesures de température, ont été renforcées. Le comité scientifique en charge de la surveillance des maladies infectieuses émergeantes se réunit régulièrement pour faire le point de la situation internationale et s’assurer que le niveau d’alerte local est en adéquation avec la situation.

Fort de cette situation de vigilance aux infections par le virus MERS-CoV, la réaction à l’annonce des premiers cas humains de grippe aviaire H7N9 en Chine continentale en février 2013 a été immédiate. Ainsi quand le 1er cas humain de grippe aviaire H7N9 est apparue à Hong Kong, le 3 décembre, il n’a fallu que quelques heures au gouvernement pour lever le niveau d’alerte au niveau "Sérieux" (niveau 2/3) [3], correspondant à un risque modéré d’infection humaine, et prendre toutes les mesures de mise en quarantaine de l’entourage proche des patients et de mise sous surveillance médicale des contacts plus larges du patient. Par ailleurs, suite à la découverte dans un marché de Hong Kong, le 27 janvier d’un lot de poulets en provenance du Guangdong infecté par le virus H7N9, 20.000 poulets ont été abattus et détruits, la vente de poulets vivants interdite et l’importation de poulets vivants de Chine continentale suspendue [1], le temps nécessaire à la mise en place de zones de quarantaine pour les volailles à l’entrée du territoire de Hong Kong.

L’efficacité dans la prise en considération des risques liés aux maladies émergeantes s’est montrée particulièrement remarquable au cours de ces dernières années à Hong Kong. Outre, les 2 exemples de maladies virales ci-dessus, cette lutte s’applique de façon systématique à toute maladie infectieuse connue et le suivi épidémiologique est réalisé avec la même attention dans tous les cas. Tout est mis en en place "à la hongkongaise" afin d’éviter que le tragique épisode du SRAS ne se répète.

Sources :

- [1] BE Le SRAS, dix ans après - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/74290.htm
- [2] Middle East Respiratory Syndrome - Press Release - http://www.chp.gov.hk/en/media/611.html
- [3] Gouvernement de Hong Kong - Plan for Influenza Pandemic 2012 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/OFHJ9
- [4] Centre for Healt Protection Hong Kong - http://www.chp.gov.hk/en/index.html
- [5] Centres for Disease Control and Prevention - http://www.cdc.gov/coronavirus/ncv/overview.html
- [6] Actualités du gouvernement hongkongais - Airline virus alert mooted - 10/03/2013 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/RBQVo

Rédacteurs :

Isabelle SAVES, Attachée de mission scientifique - Hong Kong
Maël LE BAIL, Chargé de mission scientifique - Hong Kong
Maxime MESTRA, Chargé de mission scientifique - Hong Kong

publié le 07/08/2015

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