Focus Technologies & Transport : Lutte contre la pollution de l’air à Hong Kong : une nouvelle réglementation imposée aux navires de haute mer (30/06/2015).

Article rédigé le 30/06/2015

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Les émissions de polluants des navires de haute mer (NHM) représentent une préoccupation majeure à Hong Kong.

A l’échelle mondiale, les émissions de particules liées au transport maritime sont responsables d’environ 60 000 maladies cardio-pulmonaires et cancer du poumon par an, la plupart, étant des habitants de zones côtières [1].

Lors d’une étude de santé publique menée en 2012 par l’ONG “CAN” (Clean Air Network) à destination de la population hongkongaise, il a été estimé que dans le Delta de la Rivière des Perles, le SO2, émis par les navires est responsable d’environ 500 décès prématurés par an, dont 385 (74 %) à Hong Kong. L’importance du trafic maritime dans le delta à destination du port de Hong Kong est évidemment responsable de ce phénomène. En effet, Hong Kong gère 50 % des cargos du Delta et une majorité des navires amarrant à Shenzhen et Yantian empruntent les eaux hongkongaise. La société civile hongkongaise, dont l’ONG “CAN”, estime que le gouvernement devrait redéfinir ses priorités entre maintenir une puissance économique due à l’industrie du transport maritime et les conséquences en terme de santé publique subies par la population locale [2].

Les trois polluants majeurs émis par les NHM et retrouvés dans l’air de la région de Hong Kong sont (Figure 1) [2,3] :

· Le dioxyde de soufre, SO2 : Gaz irritant pouvant entraîner des crises chez les asthmatiques, augmenter les symptômes respiratoires aigus chez l’adulte et l’enfant ou causer d’autres gênes respiratoires comme des crises d’asthme.

· Les oxyde d’azote, NOx : Terme générique regroupant le NO (monoxyde d’azote) et NO2 (dioxyde d’azote). Le NO2, 4 fois plus toxique que le NO et 40 fois plus toxique que le CO (monoxyde de Carbone), est un gaz irritant pouvant pénétrer profondément dans les poumons. Il altère l’activité respiratoire et augmente les crises chez les asthmatiques. Chez les plus jeunes, il favorise les infections microbiennes des bronches.

· Les Particules fines en suspension PM10 (inférieures à 10 micromètres) : Elles augmentent notamment le risque d’infections respiratoires aiguës chez l’enfant et renforcent des sensibilités allergiques ou des pathologies préexistantes.

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Figure 1 : Sources d’émission majeures et principaux polluants émis par les NHM en 2010 à Hong Kong. Sources : Environmental Protection Department of Hong Kong 2010 Emission Inventory


L’ONG “CAN” dénonce la toxicité de l’air due à la pollution maritime à Hong Kong

L’association CAN, pleinement investie dans la problématique de la pollution atmosphérique dénonce de façon récurrente la toxicité de l’air due à la pollution maritime à Hong Kong. Sa mission est d’amplifier la voix de la société civile hongkongaise afin de faire prendre au gouvernement des mesures appropriées pour améliorer la qualité de son atmosphère.
Une croisière en bateau a été organisée par CAN, en présence du Prof. Linwei Tian (département de santé publique de The Hong Kong University), de résidents de Kwai Chung (nouveaux Territoires de Hong Kong) et d’artistes, afin de mener sur le terrain, des investigations techniques de « santé publique » pour dénoncer la quantité importante de SO2 et PM10 émis par le NHM.

La substance polluante majoritaire des NHM est le dioxyde de soufre (SO2) (Figure 1).

Un index de pollution AQHI (Air Quality Health Index) a été mis en place à Hong Kong depuis le 30 décembre 2013. Il se base sur des études locales d’impact des polluants sur la santé. Il a pour but d’informer le public sur le risque induit à court terme par la pollution de l’air sur la santé [4].

Un autre index, l’index Hedley instauré par la “School of Public Health, Hong Kong University” indique l’enregistrement d’un pic record d’émission de SO2 à Hong Kong le 16 Décembre 2013, sur les cinq dernières années enregistrées. Le pic de pollution a atteint 28,87 μg/m3 de SO2 en restant, pendant 13 jours, au dessus de la norme de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui est de 20 μg/m3 sur une moyenne de 24h [5, 6].

Une nouvelle réglementation à Hong Kong pour diminuer la pollution de l’air

A Hong Kong, les NHM constituent la plus grande source d’émission de SO2. L’émission du SO2 par les navires, représentait, en 2012, 50 % de l’émission totale de SO2 présent dans l’air [7].

De plus, l’émission de SO2 des navires amarrés correspond à 40 % des émissions totales par les navires circulant à Hong Kong. C’est pourquoi, le gouvernement de Hong Kong a décidé de mettre en place une nouvelle réglementation imposant le changement de combustible des NHM en poste d’amarrage.

Le 22 Mai 2015, le “Environment Protection Department” de Hong Kong (EPD) a tenu une conférence intitulée “Ocean Going Vessels Switch at Berth”, visant à expliquer cette réglementation. En effet, à partir du 1er Juillet 2015, les navires seront appelés à utiliser un combustible à faible teneur en sulfure, conforme à cette nouvelle réglementation, pendant la période d’amarrage, ce qui permettra aux résidents vivant proches des quais d’être moins exposés aux polluants toxiques [8, 9, 10, 11].

Les NHM qui naviguent généralement en haute mer avec un combustible contenant 2,6 % de sulfure devront maintenant réduire la teneur en sulfure à une valeur inférieure à 0,5 % pendant la période d’amarrage. Selon les études prospectives, cette nouvelle réglementation devrait permettre de réduire les émissions de SO2 et des particules fines en suspension de 12 % et 6 %, respectivement, ce qui contribuera à une amélioration de la qualité de l’air à Hong Kong et une diminution des risques associés.

Dans le cadre de cette réglementation, un NHM peut être défini par l’un des critères suivants :
- Il est détenteur d’un certificat prescrit par la « International Convention for the Safety of Life at Sea » amendée en 1974 ;
- Il est détenteur d’un certificat délivré par le gouvernement de Chine Continentale permettant de voyager le long de la cote territoriale ;
- Il est détenteur d’un certificat délivré par une autorité étrangère à Hong Kong et ayant un tonnage brut égal ou supérieur à 500 tonnes.

Cette législation ne s’applique pas aux navires fluviaux de commerce ou aux navires de guerre. Un navire n’est pas contraint à respecter la législation si la sécurité du navire ou/et du personnel est mis en cause : c’est-à-dire une personne malade nécessitant un débarquement d’urgence ou encore une mauvaise météo contraignant le navire à amarrer.

Les combustibles conformes sont :
- Un combustible n’excédant pas 0,5 % de teneur en sulfure ;
- Ou, un gaz naturel liquéfié ;
- Ou, un autre combustible approuvé par la direction de la protection environnementale de Hong Kong dont l’utilisation ne dépasse pas la nouvelle teneur réglementaire en sulfure.

La nouvelle législation interdit aux NHM d’utiliser du combustible non conforme pendant la période d’amarrage excepté la première heure après l’arrivée et la dernière heure avant le départ (période appelée “période de prohibition”). Les dates et heures d’arrivée et de départ du navire doivent être enregistrées tout autant que les dates et heures de changement de combustible. Les données enregistrées doivent ensuite être conservées pendant une durée de 3 ans. Le NHM peut être exempté du changement de combustible pendant la “période de prohibition” à condition qu’il utilise une technologie capable de réduire les émissions de SO2.

Si, durant la période de prohibition, le navire utilise un combustible non conforme à la nouvelle réglementation, la personne ayant commis l’infraction est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 200.000 HKD (23.000 euros) et jusqu’à 6 mois d’emprisonnement. De plus, le capitaine du navire ou son propriétaire qui n’enregistre pas les données obligatoires, ou qui ne les conserve pas pendant une durée de trois ans, est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 50.000 HKD (5.800 euros) et 3 mois d’emprisonnement.

Vers une atmosphère plus saine…[12]

Le but ultime de cette nouvelle réglementation est de mettre en place une zone de contrôle des émissions de combustibles dans la zone du Delta comme cela est d’ores et déjà le cas dans les zones d’approches portuaires d’Amérique du Nord, dans la mer Baltique et dans la mer du Nord. L’efficacité de cette nouvelle loi dépendra également de la participation des ports de la province du Guangdong et du soutien du gouvernement central de la République populaire de Chine. Si cette nouvelle réglementation gouvernementale venait à porter ses fruits, cela inciterait le gouvernement hongkongais à redoubler d’efforts et à renforcer également les normes d’émission de polluants pour les autobus afin de lutter contre la pollution de l’air en bordure de route.

Sources :

[1] Article ONG CAN 1 Mars 2015 : http://www.hongkongcan.org/eng/2015/03/kai-tak-boat-trip-to-reveal-the-toxicity-of-marine-pollution-in-hong-kong/

[2] Article ONG CAN 9 Janvier 2013 : http://www.hongkongcan.org/eng/2013/01/why-should-we-be-concerned-about-ship-emissions-in-hong-kong/

[3] Article Doctissimo : http://environnement.doctissimo.fr/un-air-plus-pur/pollution-et-sante/Quels-effets-sur-la-sante-.html

[4] Bulletins électronique Hong Kong “74944” 28 Janvier 2014 : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/74944.htm

[5] OMS Mars 2014 :
http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs313/fr/

[6] Index Hedley Hong Kong University :
http://hedleyindex.sph.hku.hk/html/en/

[7] Gouv. de Hong Kong, statistiques du “Environmental Protection Department” http://www.epd.gov.hk/epd/english/environmentinhk/air/data/emission_inve_so2_3rd.html

[8] Legislative Council Hong Kong Gouv. 2015 : http://www.legco.gov.hk/yr14-15/english/subleg/negative/ln051-2015-e.pdf

[9] Gouv. de Hong Kong “Environmental Protection Department” 2015 : http://www.epd.gov.hk/epd/english/environmentinhk/air/prob_solutions/incentive_ogv_switch_fuel.html

[10] Gouv. de Hong Kong, communiqué de presse, 11 Mars 2015 : http://www.info.gov.hk/gia/general/201503/11/P201503110549.htm

[11] Gouv. de Hong Kong, communiqué de presse, 15 Avril 2015 : http://www.info.gov.hk/gia/general/201504/15/P201504150324.htm

[12] Article SCMP 26 Mars 2015 : http://www.scmp.com/comment/insight-opinion/article/1747352/law-cleaner-marine-fuel-step-forward-fight-against-air

Rédacteur :

Sébastien TREMOLET, Chargé de mission scientifique - Hong Kong

publié le 02/07/2015

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