Le petit journal de Hong Kong (19 novembre 2015) : JEAN-MARC JANCOVICI – COP21, « Il n’y a pas de solution sympathique au problème du climat ».

A l’approche de la Cop21 qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre, la librairie Parenthèses recevait le 23 octobre Jean-Marc Jancovici, ingénieur et lanceur d’alerte sur les questions énergétiques et climatiques auxquelles il a consacré de nombreux ouvrages.

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Depuis plus de 15 ans, l’auteur de « Changer le monde ! Tout un programme » et l’un des principaux développeurs du « Bilan Carbone » milite activement pour une révolution des mentalités. Pour cet ingénieur qui a fait du climat son cheval de bataille, il est primordial de placer cette question au cœur de nos réflexions économiques et sociétales. “Le climat n’est pas une broutille dont on peut parler à côté des affaires sérieuses”, assène le polytechnicien.

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Jean-Marc Jancovici et Dr Isabelle Saves, attaché scientifique au Consulat de France à Hong Kong à la librairie Parenthèses le 23 octobre 2015


Le climat, un problème systémique

Canicules, inondations, sécheresses, ouragans, typhons, tsunamis…. Les bouleversements climatiques à l’œuvre sont loin d’être marginaux. Voilà pourquoi le fondateur du cabinet de consulting Carbone 4 plaide pour une prise en compte systématique de la donnée climatique dans les prises de décisions des entreprises et des politiques. “Le climat est un problème systémique, qui ne peut être dissocié des données économiques, politiques et financières. », souligne l’ingénieur. « Si demain, nous n’avons plus d’énergie fossile, nous sommes privés de monnaie. Avec un PIB qui serait instantanément divisé de 20 à 50. Sans énergie, aucun approvisionnement par voie maritime, aérienne ou terrestre n’est possible. Des villes dépendantes de l’importation comme Hong Kong mourraient de faim. Pour relever les défis climatiques, il faut intégrer cette donnée dans toutes les décisions que l’on prend”. Le réquisitoire est sans appel.
Pour le consultant, il y a même urgence à enrayer le dérèglement à l’oeuvre car la temporalité du climat n’est pas celle des sociétés humaines. Parler climat, c’est en effet parler millénaires. “Le système climatique est piloté par la calotte glaciaire et les océans. », rappelle Jean-Marc Jancovici. « Quand le temps d’équilibrage atmosphérique est un temps qui se compte en années, celui des océans est un système qui se compte en millénaires, et dont le temps est bien plus long que celui qui caractérise les décisions de nos sociétés. La calotte glaciaire a commencé à fondre. C’est un fait, irréversible. Elle continuera à fondre jusqu’à la prochaine entrée en glaciation, dans plusieurs millénaires. Là, où la COP21 a un rôle à jouer, où nous avons tous un rôle à jouer, c’est dans le processus de ralentissement de ce temps de fonte.”, affirme l’ingénieur.

COP21 : entretenir « le feu sacré »

Le sommet des Nations-Unies qui s’ouvrira à la fin du mois à Paris n’a d’ailleurs selon lui d’autre objectif que d’entrainer dans son sillage les acteurs qui ont une incidence réelle, capitale sur le changement climatique, d’entretenir « le feu sacré ». Même s’il est important, l’accord qui doit être signé pendant la conférence par les représentants des 196 pays participants ne serait au fond qu’une cible-écran, « moins ambitieuse, et moins discriminante que l’idée que les gens s’en font » .

« Changer les règles du jeu, les normes d’investissement, ne dépend pas des politiques », explique Jean-Marc Jancovici, « mais des instances extraterritoriales de régulation de la finance. Ce sont elles qui peuvent changer la donne. Et la COP21 est là pour maintenir la pression. » Une pression d’autant plus nécessaire qu’une lutte efficace contre le dérèglement climatique implique un changement total de nos habitudes, des contraintes et des renoncements qui n’ont rien de très séduisant. « Si les règles actuelles engendrent les problèmes, elles ne peuvent pas faire partie de la solution. », indique l’expert « Mais changer les règles du jeu, c’est aussi changer les gagnants et les perdants. Or, l’électeur doit comprendre que pour relever le défi climatique, il faudra accepter collectivement une contrainte que tout le monde aura. Il n’y a pas de solution sympathique au problème du climat. »

Estelle Tchernychev ‪‪‪‪(www.lepetitjournal.com/hong-kong) jeudi 19 novembre 2015‬‬‬‬

publié le 24/11/2015

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