Le prix Nobel de chimie 2016 co-attribué au français Jean-Pierre Sauvage

Le prix Nobel de chimie a été conjointement décerné mercredi 7 octobre au Français Jean-Pierre Sauvage de l’université de Strasbourg, au Britannique Fraser Stoddart de l’université Northwestern aux Etats-Unis et au Néerlandais Bernard Lucas Feringa, de l’université de Groningen aux Pays-Bas, pour leurs travaux sur la conception et la synthèse de machines moléculaires.

Grâce aux travaux de Sauvage, Stoddart et Feringa, la chimie est entrée dans une ère nouvelle, celle qui éloigne les systèmes moléculaires de leur position d’équilibre et les rapproche du fonctionnement des molécules vivantes. Les trois chercheurs à l’honneur ont donc « amené les systèmes moléculaires vers des états où, remplis d’énergie, leurs mouvements peuvent être contrôlés.

JPEG

Jean-Pierre Sauvage, le 5 octobre 2016, à l’Université de Strasbourg. REUTERS/Vincent Kessler


« La recherche française une nouvelle fois saluée »

Jean-Pierre Sauvage, né en 1944 à Paris, est diplômé de l’École nationale supérieure de chimie de Strasbourg (aujourd’hui ECPM), promotion 1967. Il a passé son doctorat consacré aux « diaza-polyoxa-acrobicycles et leurs cryptates » à l’université Louis Pasteur de Strasbourg en 1971, sous la direction de Jean-Marie Lehn, futur Nobel de chimie (1987). Après un post-doctorat à l’université d’Oxford, il revient à Strasbourg, où il est nommé directeur de recherche (CNRS) en 1979, puis professeur émérite en 2009. Il s’est vu attribuer le Grand Prix 2014 de la Fondation de la Maison de la chimie. Ce prix récompense l’ensemble d’une brillante carrière qu’il a notamment consacré à développer une catégorie très originale d’espèces moléculaires, au sein de l’Institut de science et d’ingénierie supramoléculaires, une unité mixte de l’université de Strasbourg et du CNRS. Il est l’auteur ou le coauteur d’environ 500 articles scientifiques. Il avait déjà reçu, parmi d’autres distinctions d’honneur, la médaille d’argent du CNRS en 1988, et la médaille Blaise Pascal de chimie de l’académie européenne des sciences. Il est membre de l’académie des sciences française depuis 1997. Il est aujourd’hui devenu le neuvième Français à recevoir cette distinction dans cette discipline.

Au début des années 1980, lorsque Jean-Pierre Sauvage monte son propre laboratoire en association avec Christiane Dietrich-Buchecker et deux étudiants de thèse, les caténanes sont connus des chimistes mais semblent inaccessibles et impossible à synthétiser. Les caténanes sont des architectures moléculaires constituées d’anneaux entrelacés, elles sont partout dans la nature. Ainsi, l’ADN ou des protéines peuvent former des caténanes. Cela donne une rigidité à une structure et des fonctionnalités particulières à des sites réactionnels d’une molécule. Cette approche pionnière a véritablement ouvert un nouveau domaine de recherche et a permis à Jean-Pierre Sauvage mais également à des chimistes dans le monde entier d’élaborer des interrupteurs moléculaires et de développer des systèmes moléculaires dynamiques, ce que l’on appelle des machines ou des moteurs moléculaires, dont les mouvements sont contrôlés.

JPEG

Le prix Nobel de Chimie 2016 récompense les pionniers de la machine moléculaire, dont le Français Jean)Pierre Sauvage. Ici, une voiture moléculaire de seulement 4 x 3 nanomètres circulant sur une surface de cuivre ; ses sont entraînées électriquement. Crédits : Empa Switerland.


Ce prix Nobel va permettre d’accélérer les avancées d’une discipline qui relève encore de la recherche fondamentale, non seulement en suscitant des vocations chez les jeunes chercheurs, mais aussi en attirant l’attention des industriels. Les premières applications devraient ainsi voir le jour d’ici dix à quinze ans, par exemple dans le domaine de la robotique avec la mise au point de moteurs moléculaires reproduisant le fonctionnement des muscles ou dans développement de nouveaux matériaux. Ils pourraient aussi servir à imaginer des capteurs de nouvelle génération, des d’ordinateurs moléculaires ou être utilisés dans la médecine pour la traitement des cancers.

Un dossier plus approfondi dressé par le CNRS sur cette thématique est disponible via le lien suivant : https://lejournal.cnrs.fr/articles/jean-pierre-sauvage-un-nobel-pour-les-machines-moleculaires

publié le 06/10/2016

haut de la page